Les relations commerciales entre l’Union européenne et la Chine entrent dans une nouvelle phase de tensions. Alors que les échanges entre les deux puissances restent considérables, le déficit commercial européen avec Pékin atteint des niveaux qui inquiètent désormais Bruxelles. En 2025, il s’est élevé à environ 360 milliards d’euros, selon les données de la Commission européenne.
Face à cette situation, l’Union européenne cherche à obtenir un meilleur accès au marché chinois et à ralentir certaines dépendances jugées stratégiques. Les discussions se poursuivent actuellement entre Bruxelles et Pékin, notamment autour des véhicules chinois, des matières premières critiques et des conditions d’accès aux marchés.
Le déséquilibre des échanges entre l’Union européenne et la Chine s’est fortement accentué ces dernières années. En 2025, les importations européennes de marchandises chinoises ont atteint environ 571 milliards d’euros, tandis que les exportations de l’UE vers la Chine sont restées nettement inférieures. Selon la Commission européenne, le déficit commercial de l’Union dans les échanges de biens avec la Chine s’est ainsi établi à environ 360 milliards d’euros.
l’Europe confrontée à la montée en puissance de la Chine
La situation continue d’évoluer en 2026. D’après Reuters, le déficit européen a atteint 103 milliards d’euros au deuxième trimestre, son niveau trimestriel le plus élevé depuis 2022. Pour Bruxelles, cette évolution montre que le problème ne relève plus seulement des fluctuations commerciales : elle soulève désormais des questions sur la compétitivité des entreprises européennes et sur la dépendance du marché européen aux produits chinois.
L’Union cherche donc à augmenter ses exportations vers la Chine tout en diversifiant davantage ses fournisseurs.
Le déséquilibre commercial ne concerne pas un seul secteur. Les entreprises chinoises sont devenues très présentes dans plusieurs domaines industriels européens, notamment les machines, les produits chimiques, les métaux et les biens manufacturés. Selon la Commission européenne, près d’un quart des catégories de produits importés depuis la Chine connaissent aujourd’hui une progression jugée préoccupante.
Cette évolution s’explique notamment par la capacité de nombreux producteurs chinois à proposer des prix compétitifs sur le marché international. Pour certaines entreprises européennes, cette concurrence devient toutefois difficile à supporter, particulièrement lorsque les produits chinois bénéficient d’un soutien important de l’État chinois.
Bruxelles cherche donc à déterminer comment préserver l’ouverture commerciale tout en évitant que certaines industries européennes ne deviennent trop dépendantes des importations chinoises. Cette question est devenue centrale dans la stratégie économique de l’Union, qui souhaite renforcer sa propre capacité de production dans plusieurs secteurs stratégiques.
L’automobile est devenue l’un des dossiers les plus sensibles dans les relations commerciales entre l’Union européenne et la Chine. Les constructeurs chinois progressent rapidement sur le marché européen, notamment dans les véhicules électriques et les hybrides rechargeables. Selon Reuters, sur les douze mois précédant septembre 2026, les importations européennes de véhicules hybrides rechargeables chinois ont augmenté de 86 %, tandis que celles des voitures électriques à batterie ont progressé de 40 %.
Cette progression inquiète les constructeurs européens, qui doivent affronter des concurrents chinois capables de proposer des modèles à des prix souvent plus bas. Bruxelles cherche donc des solutions pour limiter les déséquilibres sans provoquer une nouvelle escalade commerciale.
La Commission européenne discute notamment avec Pékin de possibles mesures concernant les véhicules hybrides chinois. Mais au début des discussions d’octobre, elle n’avait pas encore confirmé publiquement les modalités précises d’un éventuel dispositif.
Au-delà des produits finis, l’Europe reste également dépendante de la Chine pour plusieurs matières premières essentielles à son industrie. Les terres rares sont particulièrement sensibles, car elles sont indispensables aux véhicules électriques, aux éoliennes, aux smartphones et à de nombreuses technologies avancées. Selon la Commission européenne, 98 % des besoins de l’Union en aimants fabriqués à partir de terres rares sont couverts par des importations chinoises.
Bruxelles veut rééquilibrer les échanges face au déficit commercial et aux dépendances stratégiques

Cette dépendance inquiète Bruxelles, notamment depuis que Pékin a renforcé ses contrôles sur certaines exportations. L’Union cherche désormais à diversifier ses fournisseurs, développer le recyclage et constituer des stocks stratégiques. Elle tente également de renforcer ses partenariats avec d’autres pays producteurs afin de réduire les risques liés à une trop forte concentration des approvisionnements.
Face à ce déséquilibre, l’Union européenne veut désormais obtenir des résultats concrets dans ses discussions avec la Chine. Le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, s’est rendu à Pékin les 8 et 9 octobre pour poursuivre les consultations engagées entre les deux parties.
Selon Reuters, les discussions portent notamment sur le déficit commercial, l’accès des entreprises européennes au marché chinois, les investissements et les restrictions chinoises sur certaines exportations. Bruxelles souhaite notamment faciliter l’accès aux matières premières stratégiques et réduire les obstacles auxquels sont confrontées les entreprises européennes en Chine.
L’objectif n’est toutefois pas de rompre les échanges avec Pékin. L’Union européenne cherche plutôt à rééquilibrer la relation commerciale, en diversifiant ses approvisionnements et en donnant davantage de possibilités à ses entreprises de vendre sur le marché chinois.
Pékin ne partage pas l’analyse de Bruxelles sur les causes du déséquilibre commercial. Les autorités chinoises estiment que l’Union européenne ne devrait pas utiliser son déficit comme justification pour imposer de nouvelles restrictions aux entreprises chinoises. Selon le ministère chinois du Commerce, la Chine n’est pas à l’origine des difficultés économiques et commerciales de l’Europe et les problèmes doivent être réglés par le dialogue.
Cette position intervient alors que les négociations entre les deux parties deviennent plus difficiles. La Chine a également rejeté, selon Reuters citant le Financial Times, une demande européenne visant à limiter volontairement ses exportations de voitures hybrides vers l’Europe. Pékin considère que de nouvelles restrictions européennes risqueraient de relever du protectionnisme et affirme vouloir défendre ses intérêts commerciaux.
L’Union européenne ne cherche pas à mettre fin à ses échanges avec la Chine, mais à réduire un déséquilibre devenu difficile à ignorer. Entre le déficit commercial, la progression des produits chinois et les dépendances stratégiques, Bruxelles veut désormais renforcer sa position dans les négociations. La réponse de Pékin sera déterminante. Les prochains mois diront si les deux puissances peuvent trouver un nouvel équilibre sans basculer dans une confrontation commerciale durable.







