L’Afrique du Sud fait face à une nouvelle flambée de tensions contre les migrants. Le 8 octobre 2026, des manifestations à Soweto, près de Johannesburg, et à Durban ont dégénéré en violences, avec des véhicules incendiés et des commerces appartenant à des étrangers pillés. Le lendemain, le ministère sud-africain de l’Intérieur a annoncé le retrait d’une directive destinée à faciliter l’accès des demandeurs d’asile à la procédure administrative.
Cette décision intervient après un jugement de la Cour constitutionnelle rendu en juillet. Elle relance le débat sur la gestion de l’immigration, l’accès à l’asile et la protection des étrangers dans le pays.
Le 8 octobre, des manifestations contre l’immigration ont dégénéré dans deux villes sud-africaines. À Soweto, près de Johannesburg, des véhicules ont été incendiés et des commerces appartenant à des étrangers ont été pillés. À Durban, sur la côte est du pays, des magasins ont également été visés et des incendies ont mobilisé les secours.
le retrait d’une directive sur l’asile ravive les tensions et les violences anti-étrangers
Selon les autorités policières, 24 véhicules ont été incendiés : 10 à Soweto et 14 à Durban. Trois personnes ont été arrêtées à Durban dans le cadre d’une enquête sur une agression présumée liée aux troubles.
Les manifestations visaient notamment la reprise du traitement de demandes d’asile après une décision de justice. La police a renforcé sa présence dans les zones touchées afin de rétablir l’ordre.
Le conflit trouve son origine dans un jugement rendu le 7 juillet 2026 par la Cour constitutionnelle sud-africaine. Saisie dans une affaire portée par le Scalabrini Centre du Cap, la juridiction a confirmé l’invalidité de plusieurs dispositions de la loi sur les réfugiés qui pouvaient empêcher certaines personnes de faire examiner leur demande d’asile pour des raisons administratives.
Ces dispositions concernaient notamment les personnes entrées irrégulièrement dans le pays ou qui n’avaient pas respecté certains délais de déclaration. Selon la Cour, ces obstacles pouvaient priver les demandeurs d’un examen réel de leur situation, sans tenir suffisamment compte des risques qu’ils encouraient dans leur pays d’origine.
Le jugement ne leur accorde toutefois pas automatiquement le statut de réfugié. Il exige que leur demande puisse être examinée conformément à la loi et au principe de non-refoulement, qui interdit de renvoyer une personne vers un pays où elle risque des persécutions ou des atteintes graves.
Le 9 octobre, le ministère sud-africain de l’Intérieur a justifié le retrait de sa directive par les difficultés rencontrées lors de son application. Selon son communiqué officiel, les bureaux chargés de recevoir les demandes d’asile ont été débordés en quelques jours. Le ministère affirme également que ses agents ont été exposés à des risques et que la situation a fait apparaître de nouvelles menaces pour la sécurité publique.
La directive du 28 septembre avait été publiée pour permettre aux services d’appliquer le jugement de la Cour constitutionnelle. Mais les autorités reconnaissent ne pas avoir anticipé l’ampleur des demandes présentées après ce changement de procédure.
Le gouvernement affirme vouloir élaborer une nouvelle méthode pour respecter la décision judiciaire tout en renforçant les capacités de traitement, les contrôles d’identité et l’examen des dossiers. Le retrait de la directive ne supprime donc pas le jugement : il laisse ouverte la question de la manière dont celui-ci sera appliqué concrètement.
Le gouvernement sud-africain estime que la diffusion de fausses informations sur le jugement de juillet a contribué aux violences. Le 7 octobre, le ministère de l’Intérieur avait déjà dénoncé une campagne de désinformation affirmant notamment que la décision judiciaire accordait automatiquement des droits aux étrangers en situation irrégulière. Or, la Cour constitutionnelle a seulement exigé que certaines demandes d’asile puissent être examinées.
les tensions autour de l’immigration s’intensifient

Ces informations ont circulé dans un climat déjà marqué par des manifestations contre l’immigration. Depuis plusieurs années, des groupes anti-migrants accusent les étrangers de prendre les emplois des Sud-Africains, d’alimenter la criminalité ou de peser sur les services publics. Pourtant, selon Reuters, les chercheurs contestent l’existence de preuves étayant ces accusations.
Les violences du 8 octobre illustrent ainsi les risques liés à la désinformation lorsqu’elle se combine à des tensions sociales et à des discours hostiles aux migrants.
Ces tensions s’inscrivent dans un contexte économique difficile. L’Afrique du Sud reste confrontée à un chômage élevé, à de fortes inégalités et à une concurrence importante pour l’accès aux emplois. Dans ce climat, certains discours politiques et mouvements anti-migrants présentent les étrangers comme responsables des difficultés rencontrées par la population locale.
Pourtant, les causes du chômage et de la précarité sont plus complexes. Elles sont notamment liées aux difficultés de croissance économique, aux inégalités persistantes et aux limites du marché du travail. Les migrants ne peuvent donc pas être considérés, à eux seuls, comme responsables de ces problèmes.
Les violences contre les étrangers risquent par ailleurs d’affecter les commerces, les activités économiques et les relations entre les communautés. Elles peuvent également fragiliser les liens de l’Afrique du Sud avec les autres pays du continent, dont sont originaires de nombreux migrants.
Le gouvernement doit désormais trouver un moyen d’appliquer la décision de la Cour constitutionnelle sans provoquer de nouvelles difficultés dans les centres d’accueil. Il prévoit de revoir les procédures, de renforcer les capacités de traitement des demandes et d’améliorer les contrôles d’identité. L’objectif est de permettre un examen légal des dossiers tout en limitant les fraudes et les retards.
Les autorités devront également empêcher que les tensions autour de l’immigration ne débouchent sur de nouvelles agressions. Cela suppose de faire respecter la loi, de protéger les personnes visées et de poursuivre les auteurs de violences.
Le retrait de la directive ne règle donc pas le fond du problème. Il reporte surtout la recherche d’une solution administrative durable, dans un pays où la question migratoire reste particulièrement sensible.
Le retrait de la directive sur l’asile met en évidence les difficultés de l’Afrique du Sud à concilier le respect des droits des demandeurs d’asile, la capacité de ses services administratifs et les tensions autour de l’immigration. Si le gouvernement doit adapter ses procédures, il lui revient aussi de lutter contre la désinformation et de protéger les personnes visées par les violences. La suite dépendra de sa capacité à appliquer la décision de justice tout en apportant une réponse durable aux inquiétudes sociales, sans faire des étrangers les boucs émissaires des difficultés du pays.







